A vot’ bon coeur… si vos pieds s’arrêtent.

Depuis quelques mois, je traverse chaque jour un lieu très fréquenté. Flux continus de piétons pressés qui se frôlent, s’évitent, zigzaguent et traversent les rues par flopées. Chacun avec un but différent : flâner, rentrer chez soi, rejoindre un point B depuis un point A ou tenter de rattraper un retard déjà impardonnable à un rendez-vous…

Or, au beau milieu de cette quête personnelle surgit parfois un t-shirt coloré, frappé d’un logo souvent reconnaissable à au moins 4-5 enjambées : le GC pour Gentil Collecteur de fonds (les vôtres), prié d’interpeller¹ chaque passant qui passe, chaque piéton qui piétonne, dans l’espoir de se voir accorder quelques minutes et ainsi tenter de transformer l’essai en donation généreuse. Moi ces t-shirts-là, aussi colorés soient-ils, je les repère à mille kilomètres à la ronde et les évite. Et je ne suis pas la seule.

La raison est simple : dans cet endroit si fréquenté, comme beaucoup d’autres, ce n’est pas un GC isolé que je croise, mais plutôt une tribu complète, dont la couleur change chaque jour ou presque. Car les GC se donnent apparemment le mot pour tous opérer dans le même quartier, la même semaine. Lundi, Panda Party. Mardi, Docteurs en folie. Mercredi, le p’tit logo à deux traits rouges…

Alors oui, comme beaucoup, je n’ai pas d’autres excuses que le fameux « je suis pressée, désolée« . Désolée… on se croirait dans le sketch de Gad Elmaleh. Non en réalité je ne suis pas désolée. Aussi nobles ces causes soient-elles, je n’ai jamais compris comment ce démarchage de rue intensif pouvait amener qui que ce soit à devenir fidèle donateur. Ma supposition : le discours bien rodé, bien qu’amical, du GC, un peu dans la morale, un peu dans le pathos aussi. Mais est-ce la bonne solution ?

A en juger par le peu de gens qui vraiment s’arrêtent pour écouter, discuter et partager leur point de vue, le constat est plutôt qu’il faut apprendre à donner de son temps. Et que ça, ça ne s’obtient pas à la volée, en surgissant tel un ange tombé du ciel, au beau milieu de la trajectoire du premier quidam venu.

Alors quand en plus l’ange se transforme en vilain diable et  rétorque une pique assassine lorsqu’il voit que le quidam ne s’arrêtera pas, et qu’il l’insulte en pleine rue… L’humeur généreuse disparaît aussi sec pour lui, mais aussi pour tous ses petits copains en t-shirt coloré de demain et d’après-demain. Encore plus lorsque certains de ces GC sous couvert de se faire passer pour de gentils bénévoles ont été recrutés via des annonces de Télémarketing humanitaire. Comme quoi il est possible de voir accolés les deux.

Pas demain la veille en tout cas que mes pieds s’arrêteront.

¹ tiens donc, « interpeller » s’écrit usuellement avec 2 « l »… Encore une bizarrerie de la langue française.

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